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Devenir propriétaire

Fonds propres pour un achat immobilier en Suisse : combien vous faut-il ?

En Suisse, les banques demandent en pratique 20 % du prix du bien en fonds propres, dont au moins 10 % qui ne viennent pas du 2e pilier. Le montant suit donc le prix : 160 000 CHF pour un bien à 800 000 CHF, et les frais d'achat s'ajoutent.

Par Elio Brunet Publié le 18 octobre 2026 Lecture : 10 minutes
Un couple fait ses comptes à une table en bois, documents et calculatrice devant eux, fenêtres ouvertes sur un lac et des vignes en terrasses

L'essentiel en 30 secondes

  • Les banques demandent en pratique 20 % du prix en fonds propres : 140 000 CHF pour un bien à 700 000 CHF, 200 000 CHF pour 1 million.
  • Au moins 10 % de la valeur de nantissement doivent venir d'ailleurs que du 2e pilier : épargne, titres, 3e pilier, donation ou avance d'hoirie.
  • Les frais d'achat (droits de mutation ou d'enregistrement, notaire, registre foncier) se paient en plus des fonds propres.

Combien de fonds propres faut-il pour acheter en Suisse ?

Vous pensez peut-être qu’il faut 200 000 CHF d’apport pour devenir propriétaire. Ce chiffre ne vaut que pour un bien d’un million de francs : la règle suisse ne fixe aucun montant, elle est proportionnelle au prix. Les prêteurs demandent en pratique 20 % de fonds propres, et les directives bancaires imposent qu’au moins la moitié, soit 10 % de la valeur du bien, provienne d’ailleurs que de la caisse de pension. Pour un appartement à 700 000 CHF, l’apport personnel exigé tombe à 140 000 CHF. Ce chapitre complète notre guide pour devenir propriétaire en Suisse.

Le portail officiel ch.ch écrit que la part de capital propre « est normalement de 20 % au moins en Suisse ». Le mot « normalement » compte : la règle des 20 % est une pratique générale des établissements, pas un texte. La FINMA le constate dans sa communication sur la surveillance 02/2025 : « dans la pratique, les banques fixent des taux de nantissement maximaux de 80 % » pour un bien habité par son propriétaire. Les seuls fonds propres minimaux chiffrés viennent des directives de l’Association suisse des banquiers (ASB), reconnues par la FINMA comme standard minimal : 10 % de la valeur de nantissement hors 2e pilier.

Trois prix, trois montants

Le tableau applique ces deux pourcentages à trois prix ronds, pris comme exemples pour un bien immobilier en Suisse romande, en supposant que la valeur retenue égale le prix d’achat.

Prix du bien (exemple) Fonds propres exigés (20 %) Dont hors 2e pilier, au minimum (10 %) Hypothèque maximale (80 %)
700 000 CHF 140 000 CHF 70 000 CHF 560 000 CHF
1 000 000 CHF 200 000 CHF 100 000 CHF 800 000 CHF
1 300 000 CHF 260 000 CHF 130 000 CHF 1 040 000 CHF

Les 200 000 CHF qu’on entend partout ne valent que pour la ligne du milieu. Les frais d’achat, traités plus bas, s’ajoutent à chaque ligne.

Un exemple de ménage en Suisse romande

Exemple : vous et votre conjoint gagnez ensemble 160 000 CHF bruts par an et visez un appartement en propriété par étages (PPE) à 800 000 CHF.

Réunir les fonds propres ne suffit pas : le prêteur vérifie ensuite la tenue des charges, c’est-à-dire ce que la banque accepte de vous prêter au vu de votre revenu. Les banques appliquent en général le calcul que la FINMA juge durable dans sa communication 02/2025 : un taux d’intérêt théorique de 5 % sur l’hypothèque, un amortissement jusqu’aux deux tiers du prix en 15 ans (directives de l’ASB) et une provision d’environ 1 % de la valeur du bien par an pour les frais d’entretien, aussi appelés frais accessoires (la FINMA juge durable 0,8 % pour un bien neuf). Les charges théoriques atteignent alors 47 111 CHF par an : 32 000 d’intérêts, 7 111 d’amortissement et 8 000 d’entretien. C’est 29,4 % du revenu brut, sous le plafond d’un tiers (53 333 CHF) : la FINMA juge durable une limite de capacité financière de 33 % du revenu brut.

Sur quelle valeur se calculent les 20 % ?

Les pourcentages s’appliquent à la valeur de nantissement, celle que le prêteur retient pour le bien mis en gage. Selon les directives de l’ASB sur l’évaluation des gages immobiliers, c’est pour un achat le plus bas des deux montants entre le prix d’achat et la valeur de marché estimée.

Si vous payez plus que cette estimation, l’écart doit être financé intégralement par des fonds propres hors 2e pilier. Exemple : vous payez 850 000 CHF une villa estimée à 800 000 CHF. Le financement hypothécaire reste plafonné à 80 % de 800 000, soit 640 000 CHF : il vous faut 210 000 CHF de fonds propres, dont au moins 130 000 hors prévoyance professionnelle (les 50 000 d’écart plus 10 % de la valeur de nantissement). Une surenchère se paie donc entièrement en liquidités. Seule exception prévue : la vente à prix préférentiel au sein d’une famille.

Le rapport entre la dette et cette valeur s’appelle le taux d’avance. Selon ch.ch, l’hypothèque de premier rang couvre en général environ 65 % de la valeur, et une hypothèque de deuxième rang peut compléter jusqu’à 80 %. Ce plafond de 80 % est celui que la FINMA observe dans la pratique des banques pour un logement principal.

Les fonds propres durs : 10 % hors 2e pilier

On appelle fonds propres durs la part qui ne provient pas de la LPP. Les directives de l’ASB en vigueur depuis le 1er janvier 2025 la fixent : « une part minimale de fonds propres sur la valeur de nantissement, ne provenant pas de l’avoir du 2e pilier (versement anticipé et/ou mise en gage), est requise. Cette part minimale s’élève à 10 %. »

Un financement reposant uniquement sur votre caisse de pension est donc exclu, même si votre avoir dépasse largement 20 % du prix. Pour un bien à 800 000 CHF, il faut au moins 80 000 CHF de fonds propres durs. Si cette somme manque, l’article sur la manière d’acheter avec peu de fonds propres passe en revue les leviers qui restent et leurs limites. Les fonds propres « mous », issus du capital de prévoyance, restent admis pour la seconde moitié des 20 %.

Ce qui compte comme fonds propres

Les fonds propres réunissent tout ce que l’acquéreur apporte sans l’emprunter au prêteur qui finance l’hypothèque. Les directives de l’ASB et ch.ch en dressent la liste :

Le prêt familial, admis sous condition

Contrairement à une idée répandue, un prêt de vos proches (conjoint, parents, grands-parents, frères et sœurs, enfants et petits-enfants majeurs) peut compter comme fonds propres pour le logement que vous habitez, si le prêteur confirme par écrit à la banque que les remboursements ne sont possibles qu’avec son accord. Le prêt d’un tiers doit être cédé à la banque ou assorti d’une convention de postposition. Ses intérêts et remboursements entrent ensuite dans la tenue des charges.

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2e et 3e pilier : les règles avant de puiser

Utiliser sa prévoyance pour acheter est légal et courant, dans les conditions fixées par la LPP, son ordonnance sur l’encouragement à la propriété du logement (OEPL) et l’ordonnance sur le 3e pilier (OPP 3).

Le retrait anticipé du 2e pilier (EPL)

La mise en gage, l’autre voie

Mettre en gage son avoir le laisse sur le compte de prévoyance : la banque reçoit une garantie qui lui permet de prêter davantage. Ce gage n’est pas imposé tant qu’il n’est pas réalisé, mais la dette, donc les intérêts, est plus élevée. Le choix entre retrait et mise en gage dépend de votre âge et de votre couverture d’assurance.

Le 3e pilier pour le logement

L’OPP 3 autorise le retrait anticipé de l’avoir 3a pour acquérir votre logement ou rembourser une hypothèque, tous les cinq ans, avec le consentement écrit du conjoint ; la mise en gage suit les règles du 2e pilier. En 2026, un salarié affilié à une caisse de pension peut verser au plus 7 258 CHF par an sur son pilier 3a. Après l’achat, ce compte sert aussi d’amortissement indirect, que les directives de l’ASB admettent.

Frais d’achat : ce qu’il faut payer en plus des fonds propres

Les 20 % ne couvrent que le prix. ch.ch le rappelle : « S’y ajoutent les frais d’achat annexes ainsi que des impôts et des émoluments ». On parle souvent de frais de notaire, mais ils réunissent les droits de mutation ou d’enregistrement, les honoraires du notaire, les émoluments du registre foncier et la cédule hypothécaire. Prévoyez-les en liquidités.

À Genève

La loi sur les droits d’enregistrement soumet les ventes à un droit de 3 % : 24 000 CHF sur un bien à 800 000 CHF, avant réduction. Pour votre résidence principale, ces droits sont réduits de 15 000 francs (montant indexé chaque année) si l’opération n’excède pas 1 million, et les droits sur les actes hypothécaires sont réduits de moitié.

Dans le canton de Vaud

Selon l’État de Vaud, l’acheteur paie un droit de mutation de 2,2 % au canton, auquel la commune ajoute en principe 1,1 %, soit 3,3 % de la valeur vénale : 26 400 francs pour un bien à 800 000 francs. Les frais de notaire et du registre foncier s’y ajoutent. Demandez le décompte au notaire avant de signer.

Mettre plus que le minimum : ce que ça change

Apporter plus de 20 % n’est jamais exigé. Voici ce que cela modifie, sans recommandation : la bonne répartition dépend de votre situation.

Moins d’amortissement obligatoire

Selon l’ASB, la dette doit être ramenée aux deux tiers de la valeur de nantissement en 15 ans au plus, à partir de douze mois au plus tard après le versement. Pour l’appartement à 800 000 CHF :

Des charges plus légères, moins de liquidités

Dans le même exemple, les intérêts théoriques à 5 % passent de 32 000 à 26 667 CHF par an et les charges théoriques totales de 47 111 à 34 667 francs (l’entretien, 8 000 francs, ne bouge pas : il suit le prix), ce qui peut faire passer un dossier proche du seuil d’un tiers. Un taux d’avance plus bas réduit aussi le risque du prêteur, un argument pour discuter sa marge. Le revers : l’argent placé dans les murs n’est plus disponible pour des travaux ou une baisse de revenu, et un retrait LPP réduit votre prévoyance.

Avant de chercher un bien, chiffrez votre situation. Une simulation d’hypothèque prend 60 secondes, gratuitement et sans engagement : à partir de votre revenu, de vos fonds propres et du prix visé, le calculateur estime le montant que vous pouvez financer.

Vos questions

Combien de fonds propres faut-il pour acheter une maison en Suisse ?

En pratique, 20 % de la valeur retenue par la banque, dont au moins 10 % hors 2e pilier. Pour une villa à 1 000 000 CHF, cela fait 200 000 CHF de fonds propres, dont 100 000 CHF d'épargne, de titres, de 3e pilier ou de donation, plus les frais d'achat.

Peut-on obtenir une hypothèque avec seulement 10 % de fonds propres ?

En règle générale, non. Les 10 % sont la part minimale hors 2e pilier fixée par les directives de l'Association suisse des banquiers ; les banques demandent en plus, en pratique, 20 % de fonds propres au total. Le 2e pilier peut compléter les 10 % restants.

Qu'appelle-t-on fonds propres durs ?

C'est la part des fonds propres qui ne provient pas du 2e pilier : épargne, titres, avoir du 3e pilier, donation ou avance d'hoirie, prêt de proches sous conditions. Elle doit atteindre au moins 10 % de la valeur de nantissement du bien.

Les frais de notaire font-ils partie des fonds propres ?

Non. Les droits de mutation ou d'enregistrement, les frais de notaire, du registre foncier et de la cédule hypothécaire s'ajoutent aux fonds propres. Comptez par exemple 3,3 % de droit de mutation dans le canton de Vaud et 3 % de droit d'enregistrement à Genève (réduit pour une résidence principale). Prévoyez-les en liquidités, en plus des 20 % du prix.

Mon conjoint doit-il signer pour que j'utilise mon 2e pilier ?

Oui, si vous êtes marié ou lié par un partenariat enregistré. La loi sur la prévoyance professionnelle exige le consentement écrit du conjoint pour un versement anticipé comme pour une mise en gage. La même règle vaut pour le 3e pilier.

Et pour votre dossier, ça donne quoi ?

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