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Le guide

Devenir propriétaire en Suisse : pouvez-vous déjà acheter ?

Pour devenir propriétaire en Suisse, la banque vérifie deux choses : vos fonds propres, en pratique 20 % du prix dont 10 % hors 2e pilier, et des charges théoriques qui restent sous un tiers de votre revenu brut. Pas une fortune : un équilibre.

Par Elio Brunet Publié le 15 octobre 2026 Lecture : 7 minutes
Un couple montre les clés de son nouveau logement devant un immeuble en pierre et bois, vignes en terrasses et lac en contrebas

L'essentiel en 30 secondes

  • Les banques demandent en général 20 % de fonds propres, dont au moins 10 % hors 2e pilier selon les directives de l'ASB.
  • Les charges théoriques doivent rester sous un tiers du revenu brut : avec 125 000 CHF de revenu, un bien à 675 000 CHF passe.
  • Les frais d'achat s'ajoutent : dans le canton de Vaud, le droit de mutation atteint 3,3 % du prix.

Pourquoi si peu de propriétaires en Suisse ?

Vous pensez sans doute que la Suisse est un pays de locataires, et que la propriété est réservée aux ménages qui ont 200 000 CHF d’apport. La première moitié est vraie : selon l’Office fédéral de la statistique (OFS), 35,7 % des logements occupés l’étaient par leur propriétaire en 2024, contre 28,5 % en 1970.

Territoire Logements occupés par leur propriétaire (OFS, 2024)
Suisse 35,7 %
Valais 52,6 %
Fribourg 42,3 %
Neuchâtel 31,0 %
Vaud 29,6 %
Genève 18,6 %

La seconde moitié ne tient pas. Pour devenir propriétaire en Suisse, il ne faut pas une somme fixe, mais respecter deux rapports : vos fonds propres face au prix, les charges du logement face à votre revenu.

Les deux conditions de la banque, sur un exemple chiffré

Les fonds propres. Selon les directives de l’Association suisse des banquiers (ASB), reconnues par la FINMA comme standard minimal, au moins 10 % de la valeur de nantissement doivent venir de fonds propres qui ne proviennent pas du 2e pilier. En pratique, les banques exigent 20 % au total : la FINMA constate qu’elles fixent un taux d’avance (ou taux de nantissement) maximal de 80 % pour le logement à usage propre.

La tenue des charges. La banque calcule le coût de votre logement dans un scénario prudent : un taux d’intérêt théorique de 5 %, que la FINMA juge durable, l’amortissement exigé et une provision d’entretien d’environ 1 % de la valeur du bien par an (la FINMA juge durable 0,8 % pour un logement neuf). Ce total ne doit pas dépasser un tiers de votre revenu brut, limite que la Banque nationale suisse (BNS) décrit comme la plus fréquemment admise.

Exemple : vous gagnez 75 000 CHF bruts par an, votre conjoint 50 000 CHF, soit 125 000 CHF à deux si vous signez tous les deux le prêt. Vous visez un appartement à 675 000 CHF dans le canton de Vaud.

Poste de l’exemple Calcul Montant en CHF
Fonds propres exigés 20 % de 675 000 135 000
dont hors caisse de pension, au minimum 10 % de 675 000 67 500
Hypothèque 80 % de 675 000 540 000
Intérêts théoriques 5 % de 540 000 27 000 par an
Amortissement (540 000 - 450 000) / 15 ans 6 000 par an
Entretien 1 % de 675 000 6 750 par an
Charges théoriques totales 27 000 + 6 000 + 6 750 39 750 par an
Plafond d’un tiers du revenu 125 000 / 3 41 667 par an

Les charges théoriques représentent 31,8 % de votre revenu brut : le dossier passe. L’amortissement direct porte sur la part de l’hypothèque au-dessus des deux tiers du prix (450 000 CHF), à rembourser en 15 ans au plus selon l’ASB ; un amortissement indirect, par un pilier 3a nanti, est aussi admis. Ce ménage a besoin de 135 000 CHF d’apport, pas de 200 000.

D’où peuvent venir vos fonds propres ?

Vos fonds propres peuvent venir de plusieurs sources, pourvu qu’au moins 10 % de la valeur du bien ne sortent pas de votre caisse de pension. L’ASB admet l’épargne, les titres, le pilier 3a, les donations, les avances d’hoirie et, sous condition, les prêts de la famille proche. Ce que la banque accepte, source par source, est détaillé dans notre article sur les fonds propres pour un achat immobilier en Suisse.

Dans l’exemple, vos 135 000 CHF pourraient se composer ainsi :

Les 70 000 CHF qui ne viennent pas de la caisse couvrent les 67 500 CHF exigés. Le retrait de prévoyance professionnelle est imposé séparément, à taux réduit, et réduit d’autant vos futures prestations de prévoyance.

Les frais d’achat immobilier s’ajoutent et la banque ne les finance pas. Dans le canton de Vaud, l’acquéreur paie un droit de mutation de 2,2 % au canton, plus en principe 1,1 % pour la commune, soit 3,3 % de la valeur vénale : 22 275 CHF dans l’exemple. Dans le canton de Genève, le droit d’enregistrement est de 3 %, réduit pour l’achat d’une résidence principale. Les frais de notaire et du registre foncier viennent en plus.

Et si vous n’avez pas encore de fonds propres ?

Un financement à 100 % n’existe pas en règle générale : la part de 10 % hors caisse de pension est une règle, pas une habitude de banque. Pour devenir propriétaire sans fonds propres suffisants aujourd’hui, il reste des leviers légaux : un prêt de vos parents, s’ils s’engagent par écrit envers la banque à ne pas se faire rembourser sans son accord, une avance d’hoirie, ou le temps, avec un 3e pilier alimenté jusqu’à 7 258 CHF par an en 2026 pour un salarié affilié à une caisse de pension.

Combien la banque peut-elle vous prêter ?

En pratique, la banque vous prête au plus 80 % du prix, dans la limite de ce que votre revenu permet de porter. Avec exactement 20 % d’apport, les charges théoriques valent 5,89 % de la valeur du bien par an : le prix maximal tourne autour de 5,66 fois votre revenu brut, soit environ 707 000 CHF pour 125 000 CHF de revenu (environ 566 000 CHF d’hypothèque). Avec un apport plus élevé, le montant accessible monte.

Le calcul de votre capacité d’emprunt intègre aussi vos autres engagements : crédits privés, leasing ou pension alimentaire réduisent le revenu retenu ou s’ajoutent aux charges. Chaque banque fixe ses propres paramètres dans le cadre des directives de l’ASB.

Ce taux de 5 % est une hypothèse de prudence. Votre taux réel dépend du marché, du produit (hypothèque fixe ou SARON) et de la marge appliquée à votre dossier : notre guide explique comment se forme votre taux hypothécaire.

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Maison, appartement ou rester locataire ?

Maison individuelle ou appartement en PPE

Pour acheter une maison en Suisse, villa ou maison mitoyenne, vous décidez des travaux sans copropriétaires, mais assumez tout l’entretien. L’appartement s’achète le plus souvent en propriété par étages (PPE) : selon le Code civil (art. 712a), vous avez le droit exclusif d’utiliser et d’aménager votre lot, et les parties communes sont en copropriété.

Pour acheter un appartement en Suisse, vérifiez avant de signer la quote-part, qui fixe votre part des charges communes (CC, art. 712h), le règlement de la PPE et le fonds de rénovation.

Acheter ou louer : la question du coût

Le coût réel de la propriété ne se limite pas aux intérêts : il inclut l’entretien, l’amortissement, les frais d’achat et ce que vos fonds propres auraient rapporté ailleurs. Le calcul est dans notre article acheter ou louer.

Les étapes pour devenir propriétaire en Suisse

  1. Calculer votre budget : apport disponible, part hors caisse de pension, montant maximal selon votre revenu.
  2. Obtenir un accord de principe de la banque avant de visiter.
  3. Chercher et visiter : état du bien, charges, travaux, procès-verbaux en PPE.
  4. Faire une offre au vendeur et négocier le prix.
  5. Finaliser le financement : estimation du bien, demande à votre caisse de pension, contrat d’hypothèque.
  6. Signer chez le notaire : le Code civil exige un acte authentique pour tout transfert de propriété d’un immeuble (art. 657).
  7. Inscription au registre foncier : c’est elle qui fait de l’acheteur le propriétaire (CC, art. 656). La banque garantit son prêt par une cédule hypothécaire, une créance garantie par un gage sur le bien.

La banque retient la plus basse des deux valeurs, prix d’achat ou valeur de marché : un prix payé au-dessus se couvre entièrement en fonds propres hors caisse de pension.

Avantages et inconvénients d’être propriétaire en Suisse

Les avantages se construisent sur le long terme ; les inconvénients se paient à l’achat et à la revente.

Avantages Inconvénients
L’amortissement réduit votre dette et construit un patrimoine Droits à l’achat de 3 % (Genève) à 3,3 % (Vaud), perdus à la revente
Plus de hausse de loyer décidée par un bailleur Entretien à votre charge, de l’ordre de 1 % de la valeur du bien par an
Liberté d’aménager (dans le cadre du règlement en PPE) Retrait du 2e pilier qui réduit vos prestations de prévoyance
Charge prévisible avec une hypothèque fixe Taux à renégocier à chaque échéance, mobilité réduite

L’impôt change aussi. Acceptée en votation le 28 septembre 2025, la suppression de la valeur locative entrera en vigueur le 1er janvier 2029. Selon l’Administration fédérale des contributions, les intérêts hypothécaires ne pourront alors généralement plus être déduits, avec une déduction pour l’acquisition d’un premier logement.

Pour savoir où vous en êtes, vous et votre conjoint, notre calculateur hypothécaire vous donne votre chiffre personnel en 60 secondes, gratuitement et sans engagement, avec les règles de l’exemple de ce guide.

Vos questions

Quelles sont les conditions financières pour devenir propriétaire en Suisse ?

Au moins 20 % de fonds propres en pratique, dont 10 % hors 2e pilier selon l'ASB, plus les frais d'achat, et des charges théoriques qui ne dépassent pas un tiers du revenu brut.

Qui peut devenir propriétaire en Suisse ?

Un ressortissant de l'UE ou de l'AELE domicilié en Suisse, ou un titulaire du permis d'établissement (permis C), achète comme un Suisse. Avec un permis B, l'acquéreur peut acheter sans autorisation le logement qu'il habite. Domicilié à l'étranger, il faut en principe une autorisation cantonale (lex Koller).

Le revenu de mon conjoint compte-t-il pour la banque ?

Oui, s'il signe lui aussi le prêt : selon les directives de l'ASB, le revenu du conjoint n'est en principe retenu que s'il est débiteur solidaire. Vos deux revenus s'additionnent alors pour la tenue des charges.

Est-il intéressant d'être propriétaire en Suisse ?

Tout dépend de votre horizon. Sur le long terme, l'amortissement construit un patrimoine et vous échappez aux hausses de loyer. Si vous revendez tôt, les frais d'achat et l'entretien pèsent lourd.

Pourquoi y a-t-il si peu de propriétaires en Suisse ?

Selon l'OFS, 35,7 % des logements occupés l'étaient par leur propriétaire en 2024. Face aux exigences des banques, les prix élevés ferment l'accès à une partie des ménages, surtout en ville : 18,6 % dans le canton de Genève.

Et pour votre dossier, ça donne quoi ?

12 questions, votre estimation à la fin, et un bilan offert si vous le souhaitez.

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