Pourquoi aucune banque ne prête sans cédule
La cédule hypothécaire est le titre de gage qui matérialise le droit de la banque sur votre bien immobilier. Inscrite au registre foncier, elle est remise au prêteur en garantie du crédit : sans cédule constituée, il n’y a pas de prêt hypothécaire en Suisse.
Le document passe pourtant presque inaperçu dans un achat. Il surgit dans le calendrier entre la promesse de vente et la signature, il occasionne un passage chez le notaire, puis plus personne n’en parle pendant quinze ans. C’est un tort : la façon dont vous gérez cette cédule à la fin du prêt décide de ce que vous coûtera le suivant.
Un droit de gage, deux formes possibles
La cédule hypothécaire est un droit de gage immobilier régi par le Code civil suisse. Elle existe sous deux formes. La cédule sur papier est un papier-valeur au sens propre : un document physique qui incorpore le droit, à la manière d’un titre au porteur. La cédule de registre, introduite en 2012, est dématérialisée : elle n’existe que comme inscription au registre foncier, au nom d’un titulaire. C’est la forme standard des nouveaux financements, et la moins risquée, puisqu’un document qui n’existe pas ne peut pas s’égarer.
Dans les deux cas, la cédule porte un montant nominal. Ce chiffre, fixé à la création, plafonne la garantie : la banque ne peut pas se payer sur le bien au-delà du nominal, quel que soit le montant réellement dû. À l’inverse, un nominal supérieur au prêt en cours ne vous engage à rien de plus et laisse une réserve pour les crédits futurs.
Un dernier trait la distingue de tout le reste du dossier : la cédule existe indépendamment de la dette qu’elle garantit. Cette autonomie explique la suite. Elle se crée avant le prêt, elle lui survit, et elle change de mains sans que la dette bouge.
Comment une cédule se crée
La constitution suit un passage obligé : un acte authentique établi par un notaire, puis l’inscription au registre foncier. Le notaire rédige l’acte, le propriétaire le signe, le conservateur inscrit le gage sur le feuillet de l’immeuble. À partir de là, la cédule existe et peut être remise en garantie.
Cette création a un coût : émoluments du notaire, taxe d’inscription au registre foncier, parfois un droit cantonal sur la constitution de gage. Les montants varient nettement d’un canton à l’autre et se calculent sur le nominal de la cédule. Ils s’ajoutent aux autres coûts de l’acquisition, détaillés dans l’article sur les frais de notaire en Suisse.
Dans un achat classique, tout se règle le même jour chez le notaire : la vente, la constitution de la cédule et sa remise à la banque, qui verse les fonds en échange.
Ce qu’elle devient pendant la vie du prêt
Une fois le prêt versé, la banque garde la cédule. Le transfert se fait à titre de garantie : le prêteur détient le titre, mais il s’est engagé par convention à ne s’en servir que si vous cessez de payer. Tant que le crédit vit normalement, la cédule dort dans les livres de la banque et vous n’en entendez plus parler.
Elle ressort du tiroir dans un cas : vous empruntez davantage. Un agrandissement, des travaux, un prêt relevé à l’échéance. Si le nominal couvre le nouveau total, rien à faire, la garantie existante suffit. S’il est trop bas, il faut l’augmenter, et l’augmentation suit le même chemin que la création : acte notarié, inscription, frais. D’où l’intérêt, dès le départ, de négocier le nominal avec un peu de marge.