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Acheter ou louer en Suisse : que vous coûte vraiment chaque option ?

Acheter n'est ni toujours plus rentable ni toujours plus cher que louer. Tout se joue sur quelques chiffres : le loyer d'un logement équivalent, le taux de votre hypothèque, ce que rapporteraient vos fonds propres placés ailleurs et le nombre d'années que vous resterez.

Par Elio Brunet Publié le 24 octobre 2026 Lecture : 10 minutes
Un couple fait ses comptes à la table d'un appartement lumineux avant de choisir entre louer et acheter

L'essentiel en 30 secondes

  • Le loyer se compare au coût économique de la propriété : intérêts, entretien et rendement perdu sur vos fonds propres. L'amortissement, lui, reste votre épargne.
  • Dans notre exemple vaudois, l'achat coûte moins cher qu'un loyer de 2 300 CHF tant que le taux hypothécaire reste sous 2 % environ.
  • Les frais d'achat se paient une seule fois : il faut plusieurs années de loyer économisé pour les rattraper, d'où le poids de votre horizon.

Un loyer, est-ce vraiment de l’argent perdu ?

« Un loyer, c’est de l’argent jeté par les fenêtres. » La phrase revient dans chaque discussion sur le logement, et son inverse aussi : « en Suisse, louer est toujours plus rentable ». Les deux sont fausses : un propriétaire paie lui aussi une forme de loyer, faite des intérêts versés à la banque, de l’entretien du bien et du rendement que ses fonds propres ne produisent plus ailleurs. Toute la question est de savoir combien chacun paie.

La Suisse reste un pays de locataires. Selon l’Office fédéral de la statistique, 35,7 % des logements occupés l’étaient par leur propriétaire en 2024. La part tombe à 29,6 % dans le canton de Vaud et à 18,6 % à Genève, quand elle atteint 42,3 % dans le canton de Fribourg et 52,6 % en Valais. Dans les cantons de Vaud et de Genève, rester locataire est la situation de la grande majorité des ménages.

Avant les chiffres, voici ce qui sépare les deux situations au quotidien.

Critère Locataire Propriétaire
Dépense mensuelle Le loyer et les charges, fixés par le bail Intérêts, amortissement, entretien et charges
Mise de départ Une garantie de loyer Au moins 20 % du prix en fonds propres, plus les frais d’achat
Évolution du coût Le loyer peut être adapté selon le bail et le taux de référence Fixe jusqu’à l’échéance d’un taux fixe, variable avec le SARON
Entretien et rénovation À la charge du bailleur À votre charge, gros travaux compris
Mobilité Un préavis suffit pour partir Vendre ou louer le bien prend du temps et coûte
Patrimoine Votre épargne reste placée librement La dette amortie et une éventuelle plus-value vous reviennent
Fiscalité jusqu’en 2028 Aucun impôt lié au logement Valeur locative imposée, intérêts et entretien déductibles

Ce que coûte chaque option, poste par poste

Pour comparer honnêtement, il faut mettre en face du loyer le coût économique de la propriété : ce que vous dépensez sans le récupérer. Certains postes se transforment en patrimoine, et les mélanger aux autres fausse le calcul.

Le loyer et les charges du locataire

Le locataire paie un loyer net, plus des charges (chauffage, eau chaude, conciergerie) selon le bail. Un propriétaire paie aussi ces charges courantes : on les laisse donc de côté et on compare le loyer net. Le locataire ne paie aucune rénovation, et son épargne reste placée où il le souhaite.

Intérêts, amortissement et frais d’entretien du propriétaire

Le propriétaire finance en général jusqu’à 80 % du prix par une hypothèque. En pratique, les banques exigent au moins 20 % de fonds propres, dont au moins 10 % de la valeur du bien qui ne proviennent pas du 2e pilier, selon les directives de l’Association suisse des banquiers reconnues par la FINMA comme standard minimal.

Le coût d’opportunité des fonds propres

C’est le poste que l’on oublie le plus souvent. Les 20 % de fonds propres, plus les frais d’achat, sortent de votre épargne et restent immobilisés dans les murs. Locataire, vous auriez pu les placer et en tirer un rendement. Ce rendement perdu est un coût réel de la propriété, même s’il n’apparaît sur aucune facture.

Son montant dépend de ce que vous feriez de l’argent : presque rien sur un compte d’épargne, davantage sur un placement à long terme, avec un risque. Si une partie vient de la prévoyance (2e pilier LPP ou 3e pilier), le coût se mesure autrement : un retrait anticipé réduit vos prestations futures.

Les frais d’achat, payés une seule fois

À l’achat s’ajoutent des frais que vous ne récupérez jamais. Dans le canton de Vaud, l’acheteur paie un droit de mutation de 2,2 % au canton, auquel la commune ajoute en principe 1,1 %, soit 3,3 % du prix. À Genève, la loi sur les droits d’enregistrement prévoit un droit de 3 %, avec une réduction pour l’achat de sa résidence principale. Les frais de notaire, du registre foncier et de la cédule hypothécaire s’y ajoutent.

Exemple chiffré : un couple dans le canton de Vaud

Les montants qui suivent sont un exemple. Le prix d’achat, le loyer, le taux d’intérêt et le rendement des placements sont des hypothèses ; les règles appliquées sont celles décrites plus haut.

Les hypothèses de départ

La banque vérifie d’abord que l’achat est supportable, avec un taux théorique de 5 % que la FINMA juge durable : 36 000 CHF d’intérêts théoriques, 8 000 CHF d’amortissement et 9 000 CHF d’entretien, soit 53 000 CHF par an. Cela représente 29,4 % de votre revenu brut, sous le plafond d’un tiers appliqué en général par les banques. Le dossier passe.

Le calcul, année par année

Poste annuel Locataire Propriétaire
Loyer net 27 600 CHF 0 CHF
Intérêts hypothécaires à 1,5 % 0 CHF 10 800 CHF
Provision d’entretien (1 % du prix) 0 CHF 9 000 CHF
Rendement perdu sur 209 700 CHF à 2 % 0 CHF 4 194 CHF
Coût économique de l’année 27 600 CHF 23 994 CHF
Amortissement (épargne, non compté) 0 CHF 8 000 CHF
Frais d’achat, payés une fois 0 CHF 29 700 CHF

Propriétaire, vous dépensez sans retour 23 994 CHF par an, contre 27 600 CHF de loyer : 3 606 CHF d’écart en votre faveur. Côté trésorerie, la différence est presque nulle : intérêts, amortissement et entretien font 27 800 CHF, soit environ 2 317 CHF par mois contre 2 300 CHF de loyer. Mais 8 000 CHF par an réduisent votre dette.

Reste à rattraper les 29 700 CHF de frais d’achat. À 3 606 CHF d’économie par an, il faut un peu plus de 8 ans, davantage une fois les frais de notaire comptés. L’exemple suppose un prix et un loyer stables.

Et si le taux d’intérêt était plus haut ?

À 2,5 % au lieu de 1,5 %, les intérêts passent à 18 000 CHF et le coût économique de la propriété à 31 194 CHF par an, soit 3 594 CHF de plus que le loyer. Les frais d’achat ne se rattrapent alors jamais, sauf plus-value. Dans cet exemple, le point d’équilibre se situe vers 2 % : en dessous, acheter coûte moins cher que louer ; au-dessus, louer reste plus économique. Si vos fonds propres dormaient sur un compte sans rendement, ce point d’équilibre monterait vers 2,6 %.

Aucune règle générale ne tient donc : changez le loyer de 300 CHF ou le taux d’un demi-point, et la conclusion bascule.

Votre financement estimé avant de parler à une banque

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À partir de combien d’années l’achat se justifie-t-il ?

L’achat se justifie à partir du moment où l’économie annuelle accumulée dépasse les frais d’achat. Il n’existe pas de seuil universel : la durée découle de votre propre écart entre loyer et coût de la propriété.

Avec l’exemple vaudois à 1,5 %, en gardant les mêmes hypothèses (prix et loyer stables, frais de notaire non comptés) :

Durée de détention Économie cumulée Frais d’achat Bilan pour le propriétaire
5 ans 18 030 CHF 29 700 CHF 11 670 CHF de perte
10 ans 36 060 CHF 29 700 CHF 6 360 CHF de gain
20 ans 72 120 CHF 29 700 CHF 42 420 CHF de gain

Un loyer élevé ou un taux bas raccourcit ce délai, des frais d’achat plus lourds l’allongent. Et la valeur du bien peut tout renverser : une plus-value à la revente compense des années de surcoût, une moins-value efface des années d’économie.

Le renouvellement compte aussi. Un taux fixe de dix ans protège votre calcul pendant dix ans, puis se renégocie aux conditions du moment, qui suivent en partie la politique de la BNS. Si votre horizon est plus long, testez votre budget avec un taux plus élevé.

Quels critères font pencher vers l’achat ou la location ?

Votre situation de vie pèse autant que le taux. Notre guide détaille ce que change le fait de devenir propriétaire, des conditions de financement aux engagements sur la durée. Voici les critères qui font basculer la décision.

Stabilité professionnelle et horizon

Plus votre horizon est long, plus l’achat a de chances de l’emporter, puisque les frais d’achat se répartissent sur davantage d’années. La banque, de son côté, calcule sur des revenus durables : un contrat à durée déterminée ou une activité indépendante récente plaident pour attendre.

Mobilité et famille

Le locataire part avec un préavis. Le propriétaire doit vendre ou louer son bien, ce qui prend des mois et coûte de nouveaux frais au prochain achat. Si une mutation ou un départ sont possibles dans les cinq ans, la location garde l’avantage.

La famille joue dans les deux sens. Des enfants scolarisés poussent à s’ancrer, et un logement à soi s’aménage sans l’accord d’un bailleur. Mais une famille qui s’agrandit peut rendre trop petit, en quelques années, le logement acheté. Pour qui envisage d’acheter son appartement, la propriété par étages ajoute ses propres règles : charges communes, assemblée des copropriétaires, fonds de rénovation.

Fonds propres et prévoyance

L’origine de vos fonds propres change le calcul. Un retrait du 2e pilier réduit vos prestations de retraite, et selon la caisse celles d’invalidité et de décès. Vider toute votre épargne vous prive aussi d’une réserve, alors que le propriétaire assume seul les réparations.

Que change la suppression de la valeur locative ?

Aujourd’hui, le propriétaire qui habite son logement est imposé sur une valeur locative, un revenu fictif, et peut déduire en contrepartie ses intérêts hypothécaires et ses frais d’entretien. Le 28 septembre 2025, le peuple a accepté à 57,7 % le vote qui scelle la suppression de ce système, selon l’Administration fédérale des contributions. La loi entre en vigueur le 1er janvier 2029 ; jusque-là, l’imposition actuelle s’applique.

Pour la comparaison entre louer et acheter, l’effet est double. Le propriétaire ne paiera plus d’impôt sur un loyer qu’il ne touche pas, mais les intérêts hypothécaires ne seront en général plus déductibles ; une déduction pour l’acquisition d’un premier logement atténuera un peu cet effet. Plus vos intérêts sont élevés par rapport à la valeur locative, moins la réforme vous est favorable. Notre exemple laisse la fiscalité de côté : son effet dépend de votre commune, de votre revenu et de l’année.

Vous ne pouvez pas encore acheter : que faire en attendant ?

Si vos fonds propres n’atteignent pas 20 % du prix visé, la location vous laisse le temps de constituer votre mise de départ. Pour explorer les pistes quand les fonds propres manquent, un article dédié passe en revue ce que la banque accepte : 3e pilier, 2e pilier, donation ou avance d’hoirie, prêt de vos proches, avec leurs limites.

En attendant, alimentez votre 3e pilier (en 2026, jusqu’à 7 258 CHF par an pour un salarié affilié à une caisse de pension) et gardez vos crédits privés au plus bas, puisque la banque les compte dans vos charges.

Le plus utile reste de savoir où vous en êtes. Notre calculateur hypothécaire vous permet de faire le calcul avec vos propres chiffres : revenu du ménage, fonds propres, prix visé. En 60 secondes, gratuitement et sans engagement, vous obtenez le prix maximal que les banques accepteraient de financer, et vous savez si l’achat est déjà à votre portée.

Vos questions

Est-il plus avantageux d'être locataire ou propriétaire en Suisse ?

Ni l'un ni l'autre par principe. Acheter devient avantageux quand le coût annuel de la propriété (intérêts, entretien, rendement perdu sur les fonds propres) passe sous le loyer d'un logement équivalent, et que vous restez assez longtemps pour amortir les frais d'achat.

Vaut-il mieux acheter une maison ou rester locataire ?

Le raisonnement est le même que pour un appartement, avec une différence : l'entretien d'une maison repose entièrement sur vous, sans copropriétaires pour le partager. Une maison se justifie surtout avec un horizon long et une provision d'entretien solide.

Faut-il attendre une baisse des taux pour acheter ?

Le 24 septembre 2026, la Banque nationale suisse a maintenu son taux directeur à 0 %. Personne ne sait où seront les taux dans dix ans. Plutôt que de parier, vérifiez que l'achat reste supportable à un taux plus élevé : les banques le testent déjà avec un taux théorique d'environ 5 %.

Mon loyer peut-il augmenter alors qu'une hypothèque à taux fixe ne bouge pas ?

Oui. Les loyers suivent notamment le taux de référence publié par l'Office fédéral du logement, de 1,25 % depuis le 2 septembre 2025, ainsi que les hausses de coûts. Une hypothèque à taux fixe, elle, fige vos intérêts jusqu'à l'échéance, puis se renégocie aux conditions du moment.

Et pour votre dossier, ça donne quoi ?

12 questions, votre estimation à la fin, et un bilan offert si vous le souhaitez.

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