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Capacité d'emprunt en Suisse : combien la banque vous prête-t-elle ?

En Suisse, la banque ne prête pas un multiple de votre salaire. Elle vérifie que les charges théoriques du logement restent sous un tiers de votre revenu brut et que vos fonds propres suffisent. Le plus bas des deux plafonds fixe votre capacité d'emprunt.

Par Elio Brunet Publié le 15 octobre 2026 Lecture : 12 minutes
Un couple fait ses comptes à la table de la cuisine, relevés et calculatrice devant eux

L'essentiel en 30 secondes

  • Votre capacité d'emprunt dépend de deux plafonds : la tenue des charges (au plus un tiers du revenu brut, en pratique) et les fonds propres (20 % en général, dont 10 % hors 2e pilier).
  • Le calcul se fait à un taux théorique de 5 %, que la FINMA juge durable, plus l'amortissement et un entretien d'environ 1 % du prix : le taux du jour n'entre pas dans le test.
  • Avec 100 000 CHF de revenu brut et 20 % de fonds propres, le prix maximal tourne autour de 566 000 CHF, pour une hypothèque d'environ 452 800 CHF.

Ce qui fixe vraiment votre capacité d’emprunt

Vous pensez peut-être que la banque regarde surtout votre salaire, et qu’on emprunte en gros cinq fois ce qu’on gagne. Pour un primo-accédant, c’est la première surprise : en Suisse, aucun prêteur ne raisonne ainsi. Votre capacité d’emprunt sort de deux tests : la tenue des charges, qui vérifie que le logement reste supportable à un taux d’intérêt théorique bien plus élevé que celui du marché, et les fonds propres, qui fixent la part du prix à apporter vous-même. Le plus contraignant des deux décide de votre capacité d’achat.

Le multiple de salaire n’est qu’une conséquence, et il bouge : avec nos hypothèses, l’hypothèque atteint environ 4,5 fois le revenu avec 20 % de fonds propres, un peu plus de 5,1 fois avec un tiers. La règle française du taux d’endettement à 35 % ne s’applique pas en Suisse : ici comptent des charges calculées, pas vos mensualités réelles ni votre reste à vivre.

Paramètre Valeur retenue dans nos exemples Qui la fixe
Taux d’intérêt théorique 5 % de l’hypothèque Chaque établissement (5 % en général)
Amortissement Part au-delà des deux tiers, en 15 ans Directives de l’ASB
Frais d’entretien 1 % du prix du bien par an Chaque prêteur (hypothèse prudente)
Plafond des charges Un tiers du revenu brut Chaque établissement (33 % en général)
Fonds propres 20 %, dont 10 % hors 2e pilier Pratique courante (avance de 80 % au plus) et ASB (10 %)

Ce cadre vient des directives de l’Association suisse des banquiers (ASB), reconnues par la FINMA comme standard prudentiel minimal, dans leur version en vigueur depuis le 1er janvier 2025. Elles obligent chaque établissement de crédit à vérifier la capacité financière de l’emprunteur sur des revenus et des charges durables, mais lui laissent le choix de ses paramètres. L’autorité fédérale de surveillance, dans sa communication sur la surveillance 02/2025, décrit ceux qu’elle juge durables pour un logement à usage propre : 33 % du revenu, un taux théorique de 5 % et des coûts annexes ; elle constate aussi que, dans la pratique, les banques prêtent au plus 80 % de la valeur. Un simulateur sérieux reprend ces cinq lignes. Cette estimation se fait tôt dans les démarches pour accéder à la propriété en Suisse : avant les visites, pas au moment de signer.

Comment la banque calcule votre capacité d’emprunt

Pour mesurer votre capacité de remboursement, on additionne trois charges annuelles théoriques, intérêts, amortissement et entretien, puis on compare le total à votre revenu. Sous le plafond fixé, votre solvabilité est jugée suffisante, que vous passiez par une banque ou par un courtier. Voici chaque étage du calcul, puis un exemple complet.

Le taux théorique, bien au-dessus du marché

Le premier poste est l’intérêt, calculé sur l’hypothèque à un taux théorique. Selon les directives de l’ASB, chaque prêteur fixe ce taux lui-même ; il doit être « déterminé avec prudence » et peut s’appuyer sur des moyennes à long terme. Les banques appliquent en général 5 %, calculés sur le montant du financement : c’est le taux que l’autorité de surveillance juge durable dans sa communication 02/2025. Aucune loi ne l’impose pour autant.

Le taux d’intérêt que vous signerez, fixe ou SARON, sert à vos décomptes réels. Il ne change rien au test : un taux bas au moment de l’achat n’augmente pas votre capacité d’endettement.

L’amortissement jusqu’aux deux tiers

Deuxième poste : le remboursement obligatoire. Selon les directives de l’ASB, la dette doit être ramenée aux deux tiers de la valeur de nantissement en 15 ans au plus, par tranches linéaires qui commencent au plus tard douze mois après le versement. La valeur de nantissement est le plus bas montant entre le prix d’achat et la valeur de marché retenue dans l’estimation du prêteur.

Dans le calcul, on prend l’écart entre l’hypothèque et les deux tiers du prix, divisé par 15. Si votre taux d’avance ne dépasse pas les deux tiers, ce poste tombe à zéro.

Les frais d’entretien

Troisième poste : les frais accessoires du bien, réparations, rénovations, charges courantes. Pas de factures à fournir : on applique un forfait annuel, calculé sur la valeur du bien. La FINMA juge durable 0,8 % de la valeur de nantissement pour un logement neuf ; un bien ancien coûte davantage. Nos exemples retiennent une provision d’environ 1 % de la valeur du bien par an, l’hypothèse prudente de notre calculateur.

Le plafond d’un tiers du revenu brut

En pratique, la charge théorique ne doit pas dépasser environ un tiers du revenu brut annuel du ménage : c’est la limite de 33 % que l’autorité de surveillance juge durable, et la BNS, dans son rapport sur la stabilité financière 2026, la décrit comme « fréquemment » admise. Le calcul part du brut, pas de vos revenus nets. C’est une pratique, pas une loi, qui peut se durcir ou s’assouplir selon le dossier.

Exemple complet : un couple à 160 000 CHF de revenu

Prenons un exemple : vous et votre conjoint gagnez ensemble 160 000 CHF brut par an (100 000 CHF et 60 000 CHF), vous visez un bien à 900 000 CHF et apportez 180 000 CHF de fonds propres, soit 20 %, dont au moins 90 000 CHF hors 2e pilier. L’hypothèque demandée est de 720 000 CHF.

Ligne de calcul Montant annuel Détail
Intérêts théoriques 36 000 CHF 720 000 CHF × 5 %
Amortissement 8 000 CHF (720 000 − 600 000 CHF) / 15 ans
Frais d’entretien 9 000 CHF 900 000 CHF (prix) × 1 %
Charge théorique totale 53 000 CHF Somme des trois postes
Plafond d’un tiers 53 333 CHF 160 000 CHF / 3
Part du revenu 33,1 % 53 000 / 160 000 CHF

Le dossier passe, avec une marge de 333 CHF par an : le moindre leasing suffirait à la consommer. Avec 156 000 CHF de revenu, le même achat échouerait (plafond de 52 000 CHF). Cet exemple pédagogique suit des paramètres usuels ; chaque établissement applique les siens. Les frais d’achat s’ajoutent au prix, en plus des fonds propres. Dans le canton de Vaud, l’acheteur paie un droit de mutation de 2,2 % au canton, auquel la commune ajoute en principe 1,1 %, soit 3,3 % du prix ; à Genève, la loi sur les droits d’enregistrement prévoit un droit de 3 %, réduit pour l’achat de sa résidence principale. Les frais de notaire et du registre foncier viennent en plus. Pour les placer dans le calendrier, de la recherche au registre foncier, suivez le parcours d’achat d’une maison.

Avec 100 000 CHF de revenu, combien pouvez-vous emprunter ?

Avec 100 000 CHF de revenu brut et 20 % de fonds propres, votre capacité d’achat est d’environ 566 000 CHF, soit un prêt hypothécaire d’environ 452 800 CHF. Le plafond des charges est de 33 333 CHF par an (100 000 CHF divisés par trois), et c’est lui qui limite le prix.

Pour un bien à 566 000 CHF avec 113 200 CHF de fonds propres : intérêts théoriques 22 640 CHF (452 800 CHF × 5 %), amortissement 5 031 CHF (452 800 CHF moins les deux tiers du prix, 377 333 CHF, divisés par 15), entretien 5 660 CHF (1 % du prix). Total : 33 331 CHF, juste sous le plafond. Le calcul exact donne un prix maximal de 566 037 CHF.

Scénario (revenu brut 100 000 CHF) Prix du bien Fonds propres Hypothèque Charge théorique Verdict
20 % de fonds propres 566 000 CHF 113 200 CHF 452 800 CHF 33 331 CHF Passe
20 % de fonds propres, bien plus cher 585 000 CHF 117 000 CHF 468 000 CHF 34 450 CHF Ne passe pas
35 % de fonds propres 780 000 CHF 273 000 CHF 507 000 CHF 33 150 CHF Passe

Trois enseignements. La marge est mince : 19 000 CHF de plus sur le prix, et la charge dépasse le plafond de plus de 1 100 CHF ; il faudrait 103 350 CHF de revenu pour ce bien. Les paramètres variant d’une banque à l’autre, comparer plusieurs établissements, directement ou par un courtier, peut changer la réponse. Les fonds propres font plus que réduire le prêt : à 35 %, l’hypothèque reste sous les deux tiers du prix, l’amortissement obligatoire disparaît, et vous empruntez 507 000 CHF au lieu de 452 800 CHF. Enfin, à ce revenu, l’hypothèque plafonne un peu au-dessus de 512 000 CHF, atteints avec un tiers de fonds propres : au-delà, l’entretien, calculé sur le prix, continue de grimper et épuise le tiers du revenu.

Couple ou personne seule : quels revenus comptent ?

Les revenus d’un couple s’additionnent, à une condition : chacun doit s’engager sur le prêt. Selon les directives de l’ASB, le revenu du conjoint ne compte en principe que s’il est lui aussi débiteur solidaire de l’hypothèque.

Deux co-emprunteurs : ce qui s’additionne

Reprenons le couple de l’exemple complet. Si seul le conjoint qui gagne 100 000 CHF signe comme emprunteur, le plafond tombe à 33 333 CHF par an, et la charge de 53 000 CHF représente 53 % du revenu retenu : refus de prêt. Avec les deux signatures, le dossier passe. Pour un couple non marié, partez du même principe : un revenu ne pèse que si son titulaire s’engage comme co-emprunteur.

Seuls les revenus durables comptent. Les directives de l’ASB citent les rémunérations fixes et variables d’une activité salariée ou indépendante, les revenus de la fortune, les rentes et les revenus accessoires ; le détail relève des règlements internes. Un bonus irrégulier ou un contrat de travail très récent pèsent donc moins qu’un salaire fixe établi.

Une personne seule passe les mêmes tests, avec un seul emprunteur et un seul revenu. Pour un primo-accédant seul, c’est souvent le revenu qui limite avant les fonds propres : à 20 % d’apport, chaque tranche de 10 000 CHF de revenu brut ajoute environ 56 600 CHF au prix maximal.

Copropriété : qui possède quoi

S’engager ensemble sur le prêt ne dit rien de la répartition du bien. En copropriété, le Code civil suisse (art. 646) présume les quotes-parts égales : si vos apports diffèrent, faites inscrire la répartition réelle à l’achat.

Indépendant : comment la banque juge votre capacité financière

Pour un emprunteur indépendant, le calcul est le même ; c’est le revenu retenu qui se discute. Les directives de l’ASB rangent expressément le revenu d’une activité indépendante parmi les revenus admissibles, à condition qu’il soit durable. Ce qui change, c’est la preuve.

Ce que l’établissement examine, en général :

La méthode, par exemple la moyenne retenue, varie selon la banque. Des comptes clairs et un revenu stable se négocient mieux, auprès d’une banque comme d’un courtier, qu’une seule bonne année.

Votre financement estimé avant de parler à une banque

Le test applique à votre situation les règles usuelles de financement, fonds propres et tenue des charges, et affiche immédiatement ce qu'elle permet.

Calculer mon financement

Ce qui réduit votre capacité d’emprunt, et ce qui l’améliore

Vos autres engagements réduisent votre capacité d’emprunt ; vos fonds propres et votre revenu l’augmentent.

Dettes, leasing, pensions : les charges fixes qui pèsent

Selon les directives de l’ASB, le prêteur tient compte des engagements importants de l’emprunteur hors du logement, par exemple une pension alimentaire ou les échéances de crédits privés, soit en les déduisant du revenu retenu, soit en les ajoutant aux charges. Les autres engagements réguliers importants, un leasing par exemple, suivent la même logique.

Prenons un leasing de 400 CHF par mois (4 800 CHF par an), pour un ménage à 100 000 CHF de revenu et 113 200 CHF de fonds propres, dont le prix maximal est de 566 000 CHF sans leasing :

Selon la méthode, l’effet du même leasing sur votre capacité d’endettement varie du simple au triple. Solder un crédit conso ou un leasing avant la demande est souvent le levier le plus rapide.

Fonds propres, revenu, durée : les leviers

Trois leviers améliorent votre capacité d’emprunt :

Pour réunir les fonds propres exigés, le détail des sources admises change souvent le budget : un 3e pilier, une donation ou un prêt de vos proches comptent, à des conditions précises.

Capacité d’emprunt à l’approche de la retraite

À l’approche de la retraite, la question devient : pourrai-je encore assumer ces charges avec mes rentes ? Les directives de l’ASB rangent les rentes parmi les revenus admissibles ; beaucoup d’établissements demandent en outre que l’hypothèque soit ramenée à un niveau supportable au moment de la retraite, ce qui revient à refaire le test du tiers avec le revenu attendu.

Deux règles comptent dans ce calendrier. L’amortissement vers les deux tiers se fait en 15 ans au plus selon l’ASB, quel que soit votre âge. Et un retrait du 2e pilier pour le logement doit être demandé au plus tard trois ans avant le droit aux prestations de vieillesse (LPP, art. 30c) ; après 50 ans, le montant disponible est en outre plafonné. Si vous achetez après 50 ans, faites chiffrer les deux périodes.

Votre chiffre personnel tient en quelques réponses : revenu brut du ménage, fonds propres, engagements en cours. Notre simulateur de prêt vous permet de calculer votre hypothèque en 60 secondes : c’est gratuit, sans engagement, et vous saurez avant votre premier rendez-vous ce que la banque peut vous prêter.

Vos questions

Quelle est la définition de la capacité d'emprunt ?

C'est le montant maximal qu'un établissement de crédit accepte de vous prêter pour un logement. En Suisse, il résulte de deux tests : des charges théoriques qui restent, en pratique, sous un tiers de votre revenu brut, et des fonds propres suffisants, en général 20 % du prix.

Combien puis-je emprunter avec mon salaire en Suisse ?

Avec 20 % de fonds propres et les hypothèses usuelles (taux théorique de 5 %, entretien de 1 % du prix, amortissement vers les deux tiers en 15 ans), l'hypothèque maximale avoisine 4,5 fois le revenu brut du ménage : environ 452 800 CHF pour 100 000 CHF de revenu, pour un bien d'environ 566 000 CHF.

La règle française des 35 % s'applique-t-elle en Suisse ?

Non. Le taux d'endettement de 35 % est une norme française. En Suisse, le prêteur compare des charges théoriques, et non vos mensualités réelles, à votre revenu brut (pas à vos revenus nets), avec un plafond fixé par chaque établissement : la FINMA juge durable une limite de 33 %.

Toutes les banques calculent-elles de la même façon ?

Non. Les directives de l'Association suisse des banquiers imposent le principe d'un calcul prudent, mais chaque banque fixe son taux théorique, son taux d'entretien et son plafond. Deux établissements peuvent donc rendre deux réponses différentes sur le même dossier.

Comment calculer sa capacité d'emprunt hypothécaire pas à pas ?

Additionnez trois charges annuelles : l'hypothèque multipliée par le taux théorique de 5 %, l'amortissement de la part au-delà des deux tiers du prix étalé sur 15 ans, et l'entretien, environ 1 % du prix du bien. Si le total dépasse le tiers de votre revenu brut, réduisez le prix visé ou augmentez vos fonds propres.

Et pour votre dossier, ça donne quoi ?

12 questions, votre estimation à la fin, et un bilan offert si vous le souhaitez.

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